Une vie ardente pendant le mois de Ramadan. Date : le -01-06- 2018 ( bis )

آخر تحديث : الإثنين 25 يونيو 2018 - 10:42 مساءً
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Ramadan est le neuvième mois de l’année de l’hégire au cours duquel les musulmans doivent s’astreindre au jeûne entre le lever et le coucher du soleil. Il dure 29 ou 30 jours .La veille de ce mois –ci, tout le monde allait au trot.

Certaines personnes faisaient la mouche du coche, d’autres gobaient des mouches. Les femmes écumaient comme une mauvaise mer. Elles se foulaient la rate, se serraient les unes contre les autres comme si une guerre allait éclater !

Les vieilles trainaient leurs pieds dans des souliers éculés. Très embarrassées, elles faisaient beaucoup d’allées et de venues. Les marchands de fruits et de légumes appelaient les clients à haute voix en se servant de douces paroles.

Ceux-ci, avec un sourire hilare faisaient leurs emplettes sans se rendre compte qu’ils gaspillaient énormément leur argent. Les pucelles, bien peignées cherchaient à frayer un chemin pour aller vaquer à leurs affaires. Les puceaux les dévoraient de leurs yeux pleins par-dessus les bords. C’était pour les draguer ou pour fixer peut-être avec elles un rendez-vous. J’avais remarqué que cela n’avait pas l’air de coller. Leurs mamans faisaient semblant de n’avoir rien vu. C’était déshonorable ! On se souciait de la commission comme de colin-tampon. Les poissonniers vendaient leurs poissons à la criée. Les bouchers coupaient leur viande par tranches et étalaient en même temps les morceaux

pour les vendre. Les marchands ambulants emplissaient les rues. On les trouvait partout. Avec leurs chariots chargés de toutes sortes de marchandises, ils parcouraient les quartiers populaires afin de gagner leur pain à la sueur de leur front. Hommes et femmes faisaient la navette, achetaient tout ce dont ils auront besoin sans marchander malgré la cherté de vie. Les épiceries grouillaient de monde. Pour un brin d’épice, il fallait faire le pied de grue. Au centre de la ville, c’était du pétrin ; du brouillamini ! Au souk, c’était du brouhaha, du beau tapage. On n’entendait plus rien. Quel brouillage ! On était bloqué. On ne pouvait plus avancer d’un seul pas. C’était plein à craquer ! Quand on jetait un coup d’œil envers les boutiques, on dirait l’entassement d’une famille pauvre dans une piaule. Les boutiquiers tout

éperdus trouvaient des difficultés à servir leurs clients de plein gré. Les boulangeries, les pâtisseries regorgeaient de monde. C’était du comble ! On y trouvait plus de place. Chacun avait un travail dont il devait s’occuper seul.

On s’adressait aux citoyens poliment pour ne pas blesser leurs sentiments. En regardant autour de moi, je me trouvais incapable de bouger. Des chemins sans issue. « Comment faire pour me tirer de cette foule en surnombre ?» dis-je C’était effarant ! En un clin d’œil, les marchandises abondaient sur le marché. Les vieilles dames assises sur les pavés passaient le plus clair de leur temps à extravaguer. A la fin de leur bavardage, elles trouvaient des difficultés à se relever comme si on les avait jetées sur un million de ressorts. C’était désopilant ! Mais ça ne cassait à rien.

Si elles n’étaient pas à jeun, elles y resteraient jusqu’à la tombée de la nuit. N’est-ce pas une folie ? Une maladie mentale ? Parler longuement avec un entassement de bévues, c’est perdre une grande partie de son temps à ne rien faire.

En tout cas, il est mal de se conduire déraisonnablement. Les vieillards bavardaient comme des perroquets, les plus avancés en âge essuyaient avec leurs mouchoirs la bave qui s’échappait de leur bouche. D’autres se mordaient les lèvres pour avoir dit ou fait quelque chose de mal à autrui, se tortillaient les hanches, se mouchaient de temps à autre .Leur conversation baroque me tournait le sang. Les conducteurs d’automobiles, à bout de forces, appelaient les voyageurs à venir monter dans leurs voitures pour les ramener chez eux ou les déposer partout ailleurs.

Leurs klaxons stridents résonnaient mal dans la tête des gens. Un chauffeur m’avait dit qu’il se couchait le soir avec un terrible mal de tête. Les véhicules circulaient à toute vitesse. On rentrait chez soi les nerfs crispés, le cœur brisé, la tête lourde, le visage suant. C’était dégoûtant ! Le pouvoir d’achat dépassait celui de la consommation qui se faisait à grands frais. L’argent coulait des doigts comme la rouille qui consume le fer. C’était bizarre ! Je ne veux pas dire que les citoyens sont tous riches mais chacun voulait vivre à sa façon, chacun avait de quoi vivre.

On travaillait à plein bras, on discutait à perte de vue malgré la faim qui tenaillait l’estomac, la soif qui desséchait l’organisme. Dévorées

par la terreur, impatientes, les dames faisaient la queue devant les épiceries. Leurs enfants les suivaient pêle-mêle comme de petits poussins. D’autres sautillaient derrière elles comme des moineaux. C’était un phénomène de les entendre jaser comme des pies .A l’approche de la rupture du jeûne, c’était de la brouillerie, un autre monde. Les rues devinrent bruyantes, encombrées par l’embouteillage de la circulation. Ce qui me fendit l’âme, c’était des bagarres qui se déclenchaient à l’improviste. Quand un bruit se produisit, on affluait de tous les coins pour assister à la querelle. Des rangs serrés d’hommes et de femmes barraient le passage. L’idée de me joindre au combat me soulevait le cœur. Je restais décérébré devant ce qui se passait. Des mots choquants me turlupinaient. Une émotion très vague me submergeait. C’était désolant, embêtant ! Les querelleurs sombraient dans leur folie sans discontinuer C’était comme une étagère qui déployait sous de vieux livres. On continuait à vociférer des injures jusqu’à satiété.

On avait horreur d’entendre dire des insanités au vu et au su de tout le monde. Comme c’était moche ! Lorsqu’un appel à la prière se fait entendre, on faisait la sourde oreille, on s’en fichait. Les hommes de mauvaise foi prenaient le muezzin pour un chanteur de charme. C’est un cas pendable ! Ramadan n’est pas un mois de distraction, de plaisanterie, de divertissement mais un mois d’adoration, de joie, de réjouissance, de supplier Dieu qu’il pardonne nos péchés, qu’il exauce nos prières, qu’il nous préserve de ses châtiments infernaux, qu’il nous accorde une vie éternelle dans l’au- delà. Ce qui me vexait c’est que beaucoup de croyants jeûnaient mais n’avaient jamais franchi le

seuil de la mosquée. Ils débarrassaient très souvent ce lieu sacré comme on déserte son foyer. Au lieu de passer la nuit à prier, à lire le Coran, à écouter ce que leur dira le sermonneur, ils préféraient la passer dans une cafétéria à fumer, à boire, à rigoler et à rire aux éclats en compagnie de leur copains. Personne ne sait ce qui va se passer dans l’autre monde. Ramadan est donc un mois de prières à pause, d’invocation, de lecture coranique, d’imploration. L’imam en parlera continuellement. Tout cela se fait par acquis de conscience afin de gagner sa place dans l’autre monde, avec les hommes pieux qui craignent leur Seigneur, qui désirent voir son visage le jour du jugement dernier pour avoir cru en Lui dans ce monde-bas. Méfiez-vous, la mort est plus proche de nous que la paupière de l’œil. A l’approche de

l’appel à chaque prière, on accourt de toutes les parts pour aller prier à la mosquée. J’ai vu pas mal de gens qui y causaient du trouble. Est-ce que ce genre de types ont perdu conscience ou bien ils le faisaient exprès dans le but de semer la zizanie entre les priants ? Selon mon opinion, on n’y va que pour adorer Dieu, pas pour y faire du théâtre.

Certaines personnes y viennent avec un cœur gros, une paire d’yeux ardents de colère. Au lieu de faire bonne figure, ils se mettent à rire aux anges, du bout des dents. Bientôt ils devinrent la risette de toute la mosquée. Non, non et archi-non ! la mosquée est un édifice sacré. Allez-y écouter les conseils de l’imam. Son enseignement à dire d’expert est un lavage de cerveau, une consolation. De toute façon, c’est une chose remédiable et non résiliable.

On dit que deux n’apprendront pas : le timide et l’orgueilleux. Allez-y faire la lecture coranique. N’abandonnez pas votre esprit à la rêverie. Cela ne vous mènera à rien. Visitez la maison de Dieu assidûment en compagnie toujours de vos enfants avant qu’ils s’égarent. Apprenez –leur à lire le Coran, à faire la prière en votre présence. Vous êtes responsables de leur éducation. Ne prêchez pas dans le désert. Ne les traitez pas à la dure. Ne leur répondez pas à la grosse. Cela n’est pas acceptable. Conseillez-vous, respectez-vous, renseignez-vous ; ne vous détestez pas, continuez à vous aimer afin de ne pas défaire les liens d’amitié. On dit que le croyant est le miroir de son frère. Que chacun de nous sache que les démons sont tous entravés, enchainés durant le mois de ramadan. Les fosses infernales sont bondées Ramenez le désespéré à la réalité. Aidez-le à faire un effort avant qu’il tombe dans le guêpier .Les portes du Paradis

sont ouvertes à tout le monde. Ceux qui préfèrent vivre dans l’abstrait, le feu les attend pour les dévorer. Donc, il ne faut pas rater cette bonne occasion. Il est facile d’entrer au Paradis mais difficile de sortir de l’enfer. Les indignés

s’en repentiront demain, le jour de la résurrection. Leur compte y sera définitivement réglé. C’est l’entrée à l’enfer. Que Dieu nous en préserve ! Amen ! La nuit du destin, les mosquées regorgent de monde. Quelle réplétion ! C’est la clôture des sections du coran en entier. A l’extrémité de la prière, on sert aux priants des plats pleins de couscous avec du poulet en dessus ou de la viande. On en mange de bon appétit. C’est fumant ! L’imam sourit à n’importe qui après qu’on lui avait remis l’argent qu’on lui avait amassé. Je tiens à vous rappeler que le début du ramadan est une clémence, son milieu est une rémission, sa fin est une délivrance de l’enfer. Ah ! Si tous les mois étaient comme ceux de ramadan ! En avançant d’un pas feutré, je m’arrête pile. Deux individus se battaient sur le sol foulé pour des raisons simples. Les gens les regardaient sans vouloir aller les séparer. On dirait un match de karaté. On criait à pleine gorge, on hurlait comme des loups, on riait aux éclats. La querelle se passait en pleine rue. C’était un spectacle horrible. En fin de compte, grâce aux efforts des agents de police qui étaient sur le qui-vive. Sans leur aide, sans leur intervention dans le différend, chacun aurait agi à sa guise et les choses seraient tournées au tragique ! C’est à cause de ce malentendu que les choses vont constamment de mal en pis. Dès la tombée de la nuit, c’est la sortie nocturne pour les femmes.

Telles des noctuelles, elles vont de coin en coin, de boutique à une autre en quête de quelque chose d’importance et de luxe. L’air rechigné, la marche désinvolte, elles achètent en toute hâte des vêtements neufs qu’elles porteraient ultérieurement. Certaines d’entre elles avec une allure louche, une odeur agréable ; le visage maquillé, les lèvres fardées vont et viennent, luttent contre la vie chère. En proie à des excès de fureur, elles discutent le prix de toute chose dans le but d’obtenir un rabais. Les jeunes filles se serrent à l’intérieur des bijouteries, choisissent des bagues serties de diamants. Chacune veut avoir un joyau ou porter une chainette d’or autour de son coup. Avec un sourire

perlé, les unes demandent au joaillier si elles pouvaient essayer par exemple un objet précieux quelconque. Celui-ci, l’air guilleret ne refuse pas. Par un acquis de conscience, il comble leurs désirs. Quelle confiance ! L’orfèvre comme le pêcheur, s’il jette son hameçon dans l’eau sans y accrocher un appât, il reviendra bredouille chez lui, l’air renfrogné.

Les portes des bijouteries bondées comme des coffres encombrés de bagages restent ouvertes durant presque toute la nuit. On y est reçu avec un accueil chaleureux, une joie délirante. Pour faire une vente de gré à gré, il faut être orfévré en la matière. Je passe maintenant à autre chose. Des dames avec leur somme coquette se précipitent à acheter un habit de mode : soit un caftan ou une djellaba cousue à la main. Les femmes d’âge canonique préfèrent des tricots de laine ou de coton, des babouches souples, de cuir bien tanné. D’autres hâtent le pas pour aller voir ailleurs. Le sol est parsemé de toutes sortes d’étalage : de tissus, d’ustensiles culinaires, de chaussures démodées, de denrées, de bouquineries et même de matériaux de construction. Tout est étalé par terre. On y trouve tout. Cette ambiance dure jusqu’à la dernière nuit de Ramadan. L’appel aux fidèles à la prière de l’aurore (fajr) est la fin de tous ces mouvements lucratifs. Le jour de la fête de l’Aïd Esghir, les gens : hommes et femmes, garçons et filles habillés tous de neuf prennent leur chemin vers l’oratoire, lieu réservé à la prière hors de la mosquée. C’est pour y accomplir leur devoir religieux sous une atmosphère pleine de gaieté, de dévouement et de soumission. Le jour qui suit, c’est la fin de tout : plus de concurrence, plus d’encombrement. C’est comme la fin d’un match de football : plus d’acclamation,

plus de hurlement. C’est regrettable ! Hein ! ? Est-ce que Dieu n’existe que pendant le mois de Ramadan ? Non ! Revenons de nos erreurs, corrigeons-nous de ce vice, continuons à aller à la mosquée comme d’habitude, à lire le coran. Le mois de Ramadan tire sur sa fin, il va bientôt nous quitter ; c’est le mois le plus préféré. A la prochaine ! Que Dieu accepte nos œuvres, exauce nos prières et nous fasse entrer dans son Paradis In- cha-Allah !

Ecrivain : Moumni, enseignant retraité, demeurant à Zaio, province de Nador, (Maroc)

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